Comme il existe des errances médicales, j’ai longtemps cherché l’activité professionnelle qui donnerait sens à ma vie et me rendrait heureuse. À l’aube de la quarantaine et maman de deux jeunes enfants, j’ai entrepris un bilan de compétences pour ouvrir un nouveau chapitre de ma vie. Biographe est le métier qui sommeillait en moi depuis de nombreuses années. Pourtant, tout était déjà écrit, comme dans un livre…
Depuis mon plus jeune âge, j’aime écouter les autres et plus particulièrement les personnes âgées. Mon empathie pour ce public m’a conduit à exercer, pendant plus de 15 ans, le métier de travailleur social au sein de la fonction publique territoriale. Cette longue expérience professionnelle qui a renforcé mon sens de l’écoute et de l’analyse, a confirmé ma conviction selon laquelle, derrière chaque ride, chaque cheveu blanc (ou n’importe quelle couleur !), se cache une histoire digne d’intérêt. Une histoire unique, parsemée de rêves, de joies, de doutes, de chagrins… Je considère que chaque vie est singulière et mérite d’être écrite pour laisser une trace de soi, à tout jamais. Soucieuse de ne pas porter de jugement, j’ai compris que ma personnalité simple et attirait certaines personnes et facilitait ainsi les confidences.
Les échanges vrais, authentiques m’animent et me font vibrer. Cet intérêt pour les émotions, les sentiments, les failles, je la relie à mon histoire familiale, cadenassée par les secrets et les non-dits.
Au-delà de l'écoute et l'écriture, je suis une adepte de la ronronthérapie et de la course à pied. Les balades à vélo ou à pieds le long des plages bretonnes me ressourcent. En matière littéraire, j’ai une admiration pour Annie Ernaux, lauréate du prix Nobel de Littérature, qui a transformé le récit de l’intime en outil d’exploration sociale, historique et psychologique.
Redoutée ou parfois désirée pour mettre fin à des souffrances insoutenables, la mort n’est pas un sujet tabou pour moi. Evoquer librement, sans entrave, sa propre mort est souvent libérateur. Nos sociétés occidentales, qui vantent le jeunisme et la performance, ont coutume de balayer d’un revers de la main les sujets évoquant la maladie, le veuvage, la fin de vie ... car ces sujets dérangent, mettent mal à l’aise. Pourtant, en parler ouvertement peut avoir des effets profondément apaisants et constructifs. Ce n’est pas un signe de pessimisme : c’est souvent une manière de remettre de l’ordre dans sa vie, ses émotions et ses relations.
Si vous en ressentez le besoin, je peux vous proposer un accompagnement plus spécifique à l’écriture de sujets douloureux (ex : récit de fin de vie, lettres d’adieu à vos proches)
Selon le dictionnaire Le Larousse, le verbe « se confier » signifie « dévoiler ses sentiments intimes, dire quelque chose de confidentiel ». Au-delà de cette définition très significative pour moi, j’associe le verbe « se confier » au terme « confiance ». Par conséquent, je mets un point d’honneur à préserver la confidentialité et le secret professionnel. Ces valeurs sont essentielles à l’exercice de ma profession de biographe, tout comme elles l’étaient lorsque j’étais travailleur social. Vous accompagner avec bienveillance et sans jugement fait partie de mes priorités.
Ma tante, dite « Teteur », que je voyais régulièrement, avait toujours une boîte de pastilles Fructines-Vichy. La boîte semblait renfermer un trésor. À la place des pierres précieuses, se cachaient des dizaines de bonbons ovoïdes, blancs et brillants qui laissaient sur la langue un doux goût sucré. Un jour, une envie me poussa à récupérer l’irrésistible écrin. Loin d’être égoïste, j’avais apporté mon butin à l’école. En bon camarade, j’avais distribué, avec générosité, sept à huit pastilles à chacun de mes copains de classe, qui s’étaient empressés de les sucer. Quelle joie ils avaient éprouvé en dégustant ces friandises si rares en ces temps d’après-guerre ! Le lendemain, le plaisir était retombé…
Nombreux étaient mes camarades qui manquaient à l’appel. Les pauvres enfants avaient passé leur nuit sur les toilettes ! Ils n’avaient pas lu la posologie inscrite sur la boîte : « Agit sur la paroi du gros intestin, en augmente l'activité et facilite ainsi l'émission de selles ». La vertu laxative des pastilles avait été très efficace chez mes petits camarades. Le sachant, je m’étais bien gardé d’en sucer. De retour à l’école le lendemain, je n’avais pas été félicité en dépit de mon affirmation d’ignorer la destination de ces pastilles !
Le tracteur, source de bonheur ?
Dans les années 50, les premiers tracteurs sont arrivés. Je les vois encore : des petits Pony, équipés d’un moteur à essence, de la marque Massey Ferguson. Qu’est-ce qu’ils étaient beaux ! J’étais en admiration. Nous n’avions jamais vu ce genre de machines dans nos campagnes corréziennes. Comme un petit enfant, j’ai supplié mes parents. Inlassablement, je demandais à mon père, à ma mère aussi : « Tu m’achètes un tracteur, tu m’achètes un tracteur ? » Devant mon obstination, ils ont fini par accepter. Vous ne pouvez pas imaginer la joie immense que j’ai ressentie lorsque le tracteur est arrivé à la ferme. C’était merveilleux ! Moi, le fils de paysans, qui roule les « r » comme l’eau sur les cailloux de la Dordogne, je conduisais un tracteur venu d’Amérique. J’avais de quoi être fier, car il était équipé d’une charrue alternative et d’une barre de coupe. Avec le tracteur, les campagnes entraient dans la modernité, la révolution mécanique était en marche. Je mettais beaucoup d’espoir dans cet engin à moteur. Terminés les travaux à la main, nous allions produire plus et plus vite. Mais cela ne s’est pas passé comme je l’imaginais.
Une enfance abimée
Très vite, j’ai subi de la maltraitance de la part de mon éducatrice. Je la nomme ainsi, car cette femme n’était pas une mère, encore moins une maman. Je ne sais pas ce qu’est une maman. J’ai grandi sans tendresse, sans amour, sans considération. Je n’étais rien. Aujourd’hui encore, je reste meurtrie par toutes les violences psychologiques, physiques qu’elle m’a infligées. Je ressens encore dans ma chair la douleur vive causée par les coups de martinet sur ma peau d’enfant. Les fessées étaient parfois si fortes que mon sang coulait. Mon éducatrice pouvait aussi me tirer les cheveux pour me punir. Les humiliations étaient quotidiennes. Je me souviens parfaitement de l’une d’entre elles : elle restera gravée dans ma mémoire à tout jamais. Quand j’étais petite, je souffrais d’énurésie. Cette affection, pour n’importe quel enfant qui en souffre, n’est pas facile à vivre. Mais quand on vous humilie, c’est pire. Pour me donner une correction, elle m’avait forcé à porter la culotte souillée sur la tête et à faire le tour du quartier. « Au moins, tu ne recommenceras plus », m’avait-elle lancé méchamment. Comme si cela ne suffisait pas, les insultes racistes fusaient : « négros », « singes », « bâtards », etc.
La brocante
Gabby traînait des pieds. Elle affichait toujours une mine boudeuse lorsqu’elle devait accompagner sa grand-mère dans une brocante. Elle détestait perdre son temps dans ces « greniers à bazar ». En cet avant-dernier jour de vacances, elle aurait préféré jouer avec ses amis. À la place, Gabby devait se frayer un chemin entre les imposantes armoires, les commodes aux pieds cassés et les accessoires hors d’usage. Tous ces objets poussiéreux l’ennuyaient profondément.
Sa grand-mère Louisette, originaire de Bretagne, était passionnée par ces lieux imprégnés d’histoires, car ils évoquaient pour elle un parfum qui avait marqué son enfance : l’essence de térébenthine. Cette huile au doux parfum de pin la replongeait soixante ans en arrière, lorsqu’elle jouait dans l’atelier de peinture de son père. Il était artiste et utilisait ce solvant pour nettoyer ses pinceaux. Gabby, elle, sentait surtout le renfermé, et cela lui donnait la nausée ! Malgré l’entrepôt ouvert à tous les vents, elle manquait d’air. Cette sensation désagréable s’intensifiait au fur et à mesure qu’elle avançait entre les vieux vaisseliers en bois massif. Ces meubles rustiques, débarrassés de leur vaisselle d’autrefois, semblaient l’observer avec discrétion. Les nœuds de leur bois ressemblaient à des yeux. Mal à l’aise, Gabby avait une seule hantise : rester enfermée la nuit dans cet immense hangar ! Dans ses pires cauchemars, des poupées en porcelaine se réveillaient et la poursuivaient sans relâche. Leur petite bouche claquait dans l’obscurité, tentant de la mordre. Leurs bras s’allongeaient pour lui arracher ses cheveux et lui griffer le visage. Gabby sortit brusquement de ce scénario d’épouvante lorsque sa grand-mère l’interpella :
— À quoi penses-tu Gabby ?!